Ton patient n'a plus mal et il t'annonce un objectif de course. C'est souvent là que le suivi s'arrête : la rééducation est terminée, et la planification qui devrait suivre a été survolée en formation initiale. Les deux sont pourtant liées. Les critères de sortie de rééducation, la tolérance des tissus et l'historique de charge déterminent le plan qui vient après.
Voici 5 cas réels tirés du module Planification de BYP COACH. Pour chacun, on présente le profil, ce qui rend le cas difficile et les décisions qui structurent la préparation. Le détail séance par séance se trouve dans les vidéos.
Avant de planifier : 4 questions à se poser
Les 5 cas suivent le même raisonnement, quel que soit l'objectif.
Où en est le coureur ? Il faut un chrono de référence, une idée de ses seuils et son historique de blessure. Sans chrono récent, on l'évalue avant d'écrire la moindre séance, par exemple avec un test de vitesse critique.
Qu'est-ce que l'objectif exige ? Un 10 km se court autour du deuxième seuil (S2), un marathon ou un ultra sous le premier seuil (S1). La durée d'effort et le dénivelé comptent autant que la distance. Le spectre d'intensité donne le cadre pour situer chaque allure.
De combien de temps et de séances dispose-t-il ? Un plan qui ignore les créneaux réels du coureur ne sera pas suivi.
Que peuvent encaisser ses tissus ? C'est la question sur laquelle le kiné a le plus d'avance, et souvent celle qui pèse le plus dans le plan.
Cas 1 : reprise de course après une périostite tibiale
Le profil. Thomas, 25 ans, est en rééducation pour une périostite tibiale gauche. Il a arrêté de courir depuis 2 semaines et n'a plus de douleur au quotidien. La douleur est apparue à la reprise de la haute intensité, après une période d'arrêt. Au bilan, il fait 25 répétitions de calf raise à droite contre 17 à gauche, soit 32 % de déficit côté atteint. Il dispose de 3 séances par semaine, course et exercices compris. Objectif : un 10 km dans 3 mois.
Ce qui rend le cas difficile. La périostite vient ici d'une erreur de charge : reprendre l'intensité trop tôt reproduirait le même scénario. Le déficit de capacité pose une question simple : à partir de quel seuil augmente-t-on la course ? Avec 3 séances seulement, la reprise et le renforcement doivent tenir dans la même semaine. Enfin, sur 12 semaines, il faut décider combien de temps on consacre à la reprise et combien à la préparation du 10 km.
Les décisions qui structurent le plan.
- La sortie de rééducation se fait sur des critères (douleur pendant, après et le lendemain, capacité des extenseurs de cheville), pas sur une date.
- Le volume revient avant l'intensité, puisque c'est l'intensité qui a déclenché la blessure.
- Le renforcement de la cheville continue pendant la reprise.
- Le 10 km ne se prépare qu'une fois la reprise validée.
Les critères de progression de cette phase sont détaillés dans l'algorithme de reprise de course, et l'outil reprise de course les applique semaine par semaine. Sur une même douleur tibiale, la cause n'est pas toujours la charge : 1 douleur, 3 causes montre comment le diagnostic change la prise en charge.
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Cas 2 : un 10 km en moins de 38 minutes en 7 semaines
Le profil. Anaïs, 35 ans, ne présente aucune douleur. Son record sur 5 km est de 18'20, soit 3'40/km. Elle court 5 fois par semaine et dispose d'un cycle spécifique de 7 semaines. Objectif : passer sous les 38 minutes sur un 10 km plat, soit 3'48/km.
Ce qui rend le cas difficile. L'objectif est à la limite. La formule de Riegel, celle du calculateur de temps de course, prédit environ 38'15 à partir de son 5 km : il faut gagner une quinzaine de secondes. L'allure cible se situe juste au-dessus de S2, au début de la zone sévère. Si l'on ne connaît pas S2, on ne sait pas où placer les séances. Il reste à répartir 5 séances par semaine entre intensité et endurance, puis à affûter sans perdre les acquis.
Les décisions qui structurent le plan.
- On part d'un chrono de référence pour juger si l'objectif est réaliste.
- Les séances clés visent la zone autour de S2, là où se court le 10 km.
- L'endurance fondamentale reste majoritaire dans la semaine.
- Les dernières semaines allègent le volume, pas l'intensité.
Le tableau des allures 10 km donne les temps de passage correspondants. Pour un objectif voisin, la prépa d'Adèle pour passer sous les 40 minutes déroule le testing, la construction du plan et ses ajustements en cours de route.
Cas 3 : un premier trail en montagne quand on vit à Paris
Le profil. Morgane, 30 ans, vit à Paris. Elle court 5 fois par semaine et fait une séance de renforcement. Sa plus longue course fait 30 km, en plaine. Elle a 4 mois de préparation. Objectif : terminer un trail de 43 km avec 3 500 m de D+ et de D-, soit environ 10 heures d'effort.
Ce qui rend le cas difficile. Il faut travailler la montée, et surtout la descente, sans relief. Or 3 500 m de D- sollicitent fortement les quadriceps en excentrique, un stress que Morgane n'a jamais rencontré : la course en descente crée plus de dommages musculaires que la montée. Elle devra courir 10 heures alors que sa plus longue sortie fait 30 km sur le plat. La course se joue en zone modérée, jusqu'à S1 : la vitesse compte peu, la résistance à la fatigue beaucoup.
Les décisions qui structurent le plan.
- Le dénivelé se travaille avec les moyens du bord, complétés par quelques week-ends en relief.
- Le renforcement protège la descente : il fait partie de la préparation spécifique.
- Les sorties longues s'allongent en durée, sans courir après les kilomètres.
- La grande majorité du travail reste en zone modérée.
Sur la place du renforcement, voir le renforcement du coureur. Sur ce qui fait la performance sur ce format, voir les 5 déterminants de la performance en trail.
Cas 4 : un premier marathon en 4 heures
Le profil. Anne, 29 ans, ne présente aucune douleur et prépare son premier marathon. Elle court 3 à 4 fois par semaine et dispose de 13 semaines. Objectif : 4 heures sur un parcours plat, soit environ 5'41/km.
Ce qui rend le cas difficile. Anne n'a aucun temps récent sur 10 km ou sur semi-marathon : il faut d'abord évaluer si 4 heures est réaliste. Avec 3 à 4 séances, chaque sortie compte, et la question est de savoir jusqu'où allonger la sortie longue. Plus de 4 heures d'impacts sur une première course, c'est là qu'apparaissent les blessures de surcharge. L'allure marathon se situe dans le haut de la zone modérée, juste sous S1 : trop vite à l'entraînement, la préparation devient fatigante sans être spécifique.
Les décisions qui structurent le plan.
- On évalue d'abord le niveau pour fixer une allure cible crédible.
- Le volume monte par paliers, avec des semaines plus légères.
- La sortie longue est la séance clé de la semaine.
- L'allure marathon s'apprend à l'entraînement, pas le jour de la course.
Le lien entre volume et risque de blessure est discuté dans volume et blessure en course à pied. Pour un patient qui arrive au marathon après une blessure, voir comment planifier la préparation marathon d'un patient coureur.
Cas 5 : la Diagonale des Fous
Le profil. Gary, 34 ans, vit à Lyon. Il court 5 à 6 fois par semaine et fait aussi du vélo et du renforcement. Sa plus longue course fait 80 km. Il a 6 mois de préparation. Objectif : la Diagonale des Fous, 175 km et 10 000 m de D+ et de D-, en 50 heures environ.
Ce qui rend le cas difficile. La distance fait plus du double de sa plus longue course. 50 heures d'effort, c'est au moins une nuit dehors, avec le sommeil, la lucidité et l'alimentation à gérer. Tout se joue en zone modérée, sous S1 : ce qui compte, c'est de garder ses capacités après 30 ou 40 heures. Sur 6 mois, il faut organiser des blocs sans accumuler la fatigue, avec un volume déjà élevé. Reste la question du vélo : comment l'utiliser pour ajouter du volume sans ajouter d'impacts ?
Les décisions qui structurent le plan.
- La préparation se construit en blocs, avec des week-ends choc et des semaines de récupération.
- Le volume se compte en heures et en dénivelé, plus qu'en kilomètres.
- Le vélo et le renforcement protègent les tissus tout en entretenant l'endurance.
- La gestion de course (allure, nutrition, sommeil) se teste à l'entraînement.
L'étude de cas de Kilian Jornet à la Western States et la méthode de Ben Dhiman pour l'UTMB montrent comment des athlètes élites gèrent ces formats.
Ce que ces 5 cas ont en commun
D'un cas à l'autre, l'objectif change mais la méthode reste la même. Le point de départ est mesuré. L'intensité de l'objectif est définie par rapport aux seuils et non en pourcentage de VMA, dont les limites pour prescrire l'entraînement sont bien documentées. Le plan s'écrit dans les contraintes réelles du coureur. Et la progression de la charge suit ce que les tissus tolèrent.
Sur ce dernier point, le kiné part avec une longueur d'avance : il sait évaluer une capacité, interpréter une douleur, poser des critères de progression. Ce qui lui manque le plus souvent, c'est la partie entraînement : situer les seuils, répartir l'intensité, construire des blocs et un affûtage. Le guide de la planification de l'entraînement en pose les bases.
C'est cette méthode, appliquée à tous les profils de coureurs, que nous enseignons dans BYP COACH, notre formation kiné course à pied. Les vidéos de ces 5 cas, extraites du module Planification, sont offertes aux inscrits de la liste d'attente : la première dès l'inscription, puis une toutes les deux semaines.
Questions fréquentes
Un kiné peut-il planifier l'entraînement d'un coureur ? La reprise de course prolonge la rééducation et en fait partie. La préparation d'un objectif de course relève de l'entraînement : c'est une compétence qui s'apprend, et le regard du kiné sur la charge et les tissus y reste un atout.
Combien de temps dure une reprise de course après une périostite ? Elle dépend des critères de progression. Dans le cas de Thomas, la reprise puis la préparation d'un 10 km tiennent sur 12 semaines, mais la préparation du 10 km ne commence qu'une fois la reprise validée.
Faut-il connaître les seuils d'un coureur pour planifier ? Pour un objectif chronométré, oui : sans S2, on ne sait pas où placer les séances d'un 10 km. Un test de terrain comme la vitesse critique donne une estimation suffisante dans la majorité des cas, sans passer par un laboratoire.


