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    Entraînement & planification

    Étude de cas : Kilian Jornet à la Western States 2025

    Que se passe-t-il au cœur du moteur humain sur un ultra trail ? Analyse des réponses physiologiques, nutritionnelles et thermorégulatrices de Kilian Jornet lors de la Western States 2025 (161km, 14h19).

    Etienne Gabriel
    Etienne Gabriel

    Kinésithérapeute du sport & Préparateur physique · 7 février 2026 · 6 min de lecture

    Sommaire de l'article7 parties

    Que se passe-t-il vraiment au cœur du moteur humain sur un ultra trail ? Étude de cas sur Kilian Jornet, 3ème de la Western States Endurance Run 2025 (14h19 pour 161km, 5500m D+).

    Titre de l'étude scientifique
    Titre de l'étude scientifique
    Profil d'élévation de la Western States Endurance Run
    Profil d'élévation de la Western States Endurance Run

    Les résultats de l'étude de cas unique réalisée récemment par l'Université de Loughborough (Mougin et al., 2025) nous donnent des réponses précises sur les réactions du corps de cet athlète élite lors d'une course de type ultra, dans des conditions extrêmes. En prêtant son corps à la science, Jornet a permis une analyse inédite de l'effort d'endurance.

    Objectif de l'étude

    L'objectif était de quantifier les réponses physiologiques, nutritionnelles et thermorégulatrices d'un athlète d'élite mondial lors d'une compétition réelle de 161 km sous une chaleur extrême (pics à 40°C). Les méthodes de mesure sont multiples et respectent le "gold standard" scientifique, garantissant des résultats rigoureux et impressionnants.

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    Une dépense énergétique hallucinante

    L'athlète a dépensé 16 104 kcal en 14h19. C'est l'énergie qu'un homme adulte moyen consomme en une semaine complète, brûlée ici en une demi-journée.

    On savait qu'en sport d'endurance l'alimentation était clé, mais à ce niveau d'intensité, les besoins énergétiques dépassent grandement nos capacités d'ingestion.

    La preuve : au terme d'une stratégie nutritionnelle parfaitement maîtrisée et sans troubles gastro-intestinaux, Jornet a ingéré 6 720 kcal (environ 90 g/h de glucides via gels et boissons). Malgré cet apport conséquent — que tout amateur visant les 60 g/h envierait — l'athlète présente un déficit de plus de 9 384 calories.

    Son corps a dû puiser massivement dans ses réserves lipidiques pour combler ce manque d'énergie.

    Comparaison de la consommation calorifique
    Comparaison de la consommation calorifique

    La thermorégulation : courir avec de la fièvre

    Grâce à une gélule télémétrique ingérée, les chercheurs ont pu tracer la température centrale de Kilian Jornet sur la course. Pour rappel, la Western States est connue pour sa chaleur, avec une température ambiante atteignant 40°C. Dans ces conditions, comment courir à haute intensité alors que le corps lutte pour se refroidir ?

    Les données montrent qu'il faut "encaisser" pour ne pas dégrader la performance :

    • L'athlète a passé plus de 3 heures avec le corps au-dessus de 38°C
    • Il a atteint un pic à 39,4°C en fin de course
    • Il a flirté avec l'hyperthermie tout en maintenant une lucidité tactique

    Cette performance a été rendue possible grâce à une acclimatation préalable (3 semaines avant) et une stratégie de refroidissement agressif pendant la course (ingestion de glace, "douche froide").

    L'hydratation face aux conditions extrêmes

    Kilian Jornet a bu 12,5 litres d'eau sur l'ensemble de la course. Malgré cela, on constate une perte de masse de 2,5 kg à l'arrivée, soit 4,3 % de la masse corporelle, indiquant une déshydratation significative mais tolérée par l'athlète.

    Cette exposition aux stress physiologiques et environnementaux a aussi impliqué une évolution des biomarqueurs rénaux. L'étude note une augmentation transitoire des marqueurs de stress, témoignant du coût physiologique important de l'effort pour l'organisme.

    Ce que cette étude nous apprend

    La revue de cette étude démontre un niveau d'engagement incroyable, que l'on peut vraisemblablement généraliser aux meilleurs athlètes de la discipline.

    Les données récoltées atteignent des seuils très élevés de dépenses énergétiques et hydriques, directement corrélés au fait que ces athlètes sont capables de courir à une vitesse moyenne normalisée très élevée (84,8 % de sa Vitesse Critique pour Jornet) en ne présentant que très peu de dégradation au fil du temps (seulement 15 % de baisse de vitesse après plus de 12h d'effort).

    ⚠ Important : ne pas extrapoler

    Cette statistique met en avant la différence fondamentale entre l'athlète amateur et l'élite. Cette étude de cas montre la limite supérieure de la physiologie humaine.

    La dépense énergétique exceptionnellement élevée s'explique par l'intensité de course (courir vs marcher) maintenue par l'élite, ce qui augmente drastiquement le coût métabolique par rapport à un amateur.

    Il est important de ne pas extrapoler ces conclusions vers d'autres profils, mais de chercher à l'entraînement comment son propre corps répond au stress pour optimiser ses stratégies d'hydratation, de nutrition et de "pacing" en ultra endurance.

    Sources

    1. Mougin L, Jornet Burgada K, Ely BR, Morel B, Blagrove RC, Mix H, et al. Physiological, nutritional, and thermoregulatory responses of a world-class mountain-ultramarathon athlete during the 2025 Western States Endurance Run 100. Journal of Applied Physiology. 2026;140(1):188-194. doi:10.1152/japplphysiol.01048.2025

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